Le PEN Club français: Maâti Monjib et les détenus politiques en besoin “urgent” de solidarité

Condamné le jeudi 28 janvier dernier à un an d’emprisonnement, jugé coupable de « fraude » et d’« atteinte à la sécurité de l’État », l’historien Maâti Monjib a entamé il y a quelques jours une grève de la faim pour protester contre une peine qu’il juge arbitraire. Le PEN Club français appelle à la solidarité envers l’écrivain et les autres détenus politiques au Maroc dans un texte que nous reproduisons en intégralité ci-dessous.

 

https://actualitte.com/article/99297/tribunes/maroc-maati-monjib-et-les-detenus-politiques-en-besoin-urgent-de-solidarite

La situation s’aggrave au Maroc

Ce qui se passe autour de Maâti Monjib, dont le PEN Club a récemment fait état, s’aggrave et essaime dangereusement pour celles et ceux qui entendent exercer le légitime droit de recherche et d’information dans leurs travaux, publications et dans les journaux. Le pouvoir revient manifestement sur les ouvertures nées de la pression du « mouvement du 20 février » au moment des « printemps arabes ».

Le code de la presse, qui était censé prémunir les journalistes d’emprisonnement, semble désormais réduit à un faire-valoir diplomatique. La méthode de dissuasion paraît désormais rodée, et sévit avec une ampleur accrue. Elle consiste chaque fois à masquer un procès d’intention politique et une censure de fait, en procès pénal pour des affaires de mœurs ou d’argent montées de toutes pièces. Qu’on en juge :

  • Maâti Monjib tout d’abord, figure réputée d’historien, enseignant chercheur à l’Institut des études africaines de l’université Mohamed V à Rabat, auteur de plusieurs ouvrages, dont La Monarchie marocaine et la lutte pour le pouvoir ; Hassan II face à l’opposition nationale, de l’indépendance à l’état d’exception (L’Harmattan, 1992), a été accusé de « blanchiment d’argent », ce qui est faux mais a permis de le convoquer au moment où il devait répondre du procès principal qui lui a été fait, d’« atteinte à la sûreté de l’État ». En fait, l’État vise l’active participation de Maâti Monjib à la fondation de l’Association marocaine pour le journalisme d’investigation (AMJI). Aux dernières nouvelles, l’administration pénitentiaire prétend que la grève de la faim entamée le 4 mars par Maâti Monjib serait « allégations mensongères », alors que le Comité de soutien de Maâti Monjib la confirme.
  • Autre cible, même méthode, à l’encontre du journaliste Omar Radi incarcéré depuis juillet 2020 pour « atteinte à la sûreté intérieure et extérieure de l’État », mais cette accusation est doublée et occultée par les chefs d’accusation de « viol », « attentat à la pudeur » et « évasion fiscale »…
  • Dans la même prison d’Oukacha, à Casablanca, Soudaimane Raissouni, rédacteur en chef du quotidien Al Yaoum (« Nouvelles quotidiennes »), se retrouve placé en détention préventive pour « viol avec violence et séquestration » sur la base d’une dénonciation anonyme sur Facebook.
  • Sa nièce, Hajar Raissouni, également journaliste, avait été condamnée en septembre 2019 pour « avortement illégal » et « relations sexuelles hors mariage » : on se souvient que l’émotion internationale soulevée par cette affaire avait conduit le roi Mohammed VI à la gracier.
  • Ancien directeur du même journal, Taoufik Bouachrine a été condamné en appel le 25 octobre 2019 à quinze ans de prison pour « trafic d’êtres humains », « abus de pouvoir à des fins sexuelles » et autres affaires de mœurs qui dissimulent mal l’évidence : la faute est d’être journaliste, libre et d’esprit critique informé.

Le Comité de soutien en France a engagé des actions pour diffuser les informations précises sur cette répression et organiser la défense des droits humains au Maroc.

Le communiqué rédigé par Maâti Monjib révèle qu’il entame une grève de la faim pour protester contre son arrestation arbitraire, le harcèlement et les persécutions dont il est continuellement victime de la part des services sécuritaires marocains. Il s’élève contre des médias de diffamation, et notamment contre la dernière communication du Haut conseil du pouvoir judiciaire qui prend fait et cause pour les accusations auxquelles il fait face.

Toutes les actions et démarches auprès des instances internationales nécessitent des moyens financiers. Pour cela le Comité de soutien a lancé une campagne de récolte de dons.

Il a chargé l’Association Justice et Liberté au Maroc (AJLM), membre du Comité, de lui servir de support financier et organiser cette collecte de dons. La participation à cet effort de solidarité peut s’effectuer : en envoyant un chèque libellé à l’ordre de l’association JLM à son adresse (AJLM, 58 rue des roses 77400 Lagny-sur-Marne), en précisant : chez Ben Abderrahmane ; ou en allant directement sur le site sécurisé de la cagnotte qu’a créée l’association à cet effet.

Les détenus politiques au Maroc ont besoin urgent de notre solidarité, et la pression internationale peut faire son plein effet. Le PEN Club français s’est d’ores et déjà mobilisé ; il a prévu entre autres d’organiser une Table ronde sur la situation de la liberté d’expression en Algérie ainsi qu’au Maroc le 27 avril, avec débats ouverts en visioconférence.

Le PEN Club français,

Comité de défense des auteurs opprimés

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